Dimanche 12 octobre

 

Julia M. H. SMITH

Professeur, Université de Glasgow (Écosse)

 

La gestion des reliques à Sens au Moyen Âge (VIIe-XIIe siècles)

 

La cathédrale de Sens est un lieu privilégié pour l'étude des reliques au Moyen Âge. Bien que la cathédrale ait perdu la plupart de ses reliquaires lors de la Révolution, on a réussi à préserver leurs différents contenus, qui se trouvent toujours au Trésor. Au Moyen Âge, chaque fragment de terre, de tissu, de pierre ou d'ossement était étiqueté par un petit morceau de parchemin qui comporte le nom du saint lieu ou du saint/de la sainte auquel la relique correspond. Des centaines de ces étiquettes médiévales ont survécu à Sens : en perspective européenne, la collection sénonaise est de loin la plus grande. Cette communication jette un premier coup d'œil sur mes recherches actuelles.

Mes conclusions sont en effet préliminaires, provisoires. Elles signalent des aspects de l'histoire de la cathédrale de Sens qu'ignorent toutes les autres sources, c'est-à-dire les chroniques et les chartes. Le point de départ de cet analyse sera la notice des reliques de l'an 1192, exposée actuellement au Trésor. Je montrerai d'une part qu'après 1192, cette grande collection de reliques a perdu son rôle central dans la liturgie et le culte dans la cathédrale ; d'autre part que l'histoire du rassemblement et de la gestion des reliques avant le XIIe siècle est d'une grande vitalité. Les conclusions les plus imprévues traitent du VIIe au VIIIe siècle, quand des clercs sénonais ont géré d'une manière tout à fait exceptionnelle une énorme collection de reliques de l'Antiquité tardive.

 

Julia M.H.SMITH et Philippe PLAGNIEUX

 

Brigitte KURMANN-SCHWARZ

Professeur, Université de Zurich

 

La Vierge du chanoine Manuel de Jaune

 

La chapelle de la Vierge de la cathédrale de Sens possède une majestueuse statue de la mère de Dieu trônant avec l'enfant Jésus sur les genoux, donnée par le chanoine Manuel de Jauna ou Jaune en 1334. Le donateur était issu de la noble famille des Pelavicinis (Pallavicini) de Gênes. Son nom apparait dans les documents du chapitre de 1321 à 1334 : il résidait régulièrement à Sens à cette période. Dans sa notice du catalogue de l'exposition « Les fastes du gothique » en 1981, Françoise Baron soulignait que cette Vierge à l'enfant « est une des mieux documentée qui soient » parmi les sculptures du XIVe siècle. La statue ornait l'autel de la chapelle Notre-Dame de la cathédrale de Sens en cours de construction ou nouvellement construite. À l'origine, la Vierge était richement peinte et ses vêtements étaient décorés d'appliques de verre ; elle était abritée dans un tabernacle également peint. Au fil du temps, la Vierge a partiellement perdu son aspect d'origine. Au XVIe siècle, le tabernacle peint disparut, l'accoudoir et le dossier du trône furent bûchés. Pendant la Révolution, la couronne et le bras droit de la Vierge ainsi que les avant-bras de l'enfant furent cassés et les reliefs du socle mutilés. Et enfin, après 1837, elle perdit sa polychromie et les appliques de verre des galons de ses vêtements. Restaurée en 1901, elle fut replacée sur l'autel de la chapelle de Notre-Dame de la cathédrale, qui avait été entièrement dépouillée de sa polychromie et de son décor. Basée sur l'étude du chanoine Chartraire de 1912, cette conférence voudrait attirer l'attention sur quelques aspects de l'iconographie et de la fonction de la statue mariale de Sens et s'interroger sur les motivations du chanoine de Jaune lorsqu'il fit donation de cette œuvre majeure.

 

Brigitte KURMANN-SCHWARZ et Philippe PLAGNIEUX

 

 

Florian MEUNIER

Conservateur en chef du patrimoine, Musée Carnavalet (Paris)

 

Le transept de Martin Chambiges et sa place dans l'architecte flamboyante

 

En confiant à Martin Chambiges en 1490 la construction du transept amorcé au XIVe siècle, les chanoines de la cathédrale de Sens renonçaient aux particularités de l'édifice du XIIe siècle au profit d'un volume intérieur ample et de deux nouvelles entrées monumentales.

En cette fin du XVe siècle où Paris n'est pas encore doté des grands monuments flamboyants qu'on lui connaît aujourd'hui, le transept de la cathédrale de Sens peut être considéré comme l'une des plus précoces expressions du style virtuose qui se développe ensuite chez les maîtres maçons parisiens comme Jean de Felin (Tour Saint-Jacques à Paris et Saint-Aspais de Melun). Sens est aussi le lieu où Martin Chambiges introduit pour la première fois des éléments de son invention dans la forme des portails et les piliers, qu'il reprend et développe ensuite dans ses autres cathédrales de Beauvais et de Troyes.

 

Florian MEUNIER (à gauche) et Philippe PLAGNIEUX

 

Thomas MOREL

Élève fonctionnaire stagiaire à l'École nationale des Chartes

 

La commande artistique de l'archevêque Tristan de Salazar

 

La reconstruction du transept de la cathédrale de Sens, qui a laissé à la postérité un édifice remarquable, a beaucoup fasciné les esprits. Mais au-delà de la splendeur de ces réalisations, on s'est peu interrogé sur les ordonnateurs de ce grand projet. L'histoire a volontiers fait de l'archevêque Tristan de Salazar, dont l'épiscopat couvre la totalité du chantier, le personnage-clé de cette entreprise. Pourtant, des découvertes récentes montrent que le prélat, quoique grand bâtisseur, ne s'est intéressé que de loin au chantier, sur lequel les chanoines de la cathédrale exerçaient fermement leur tutelle. Il n'en reste pas moins que Salazar, à l'origine fils d'un simple mercenaire espagnol, devenu archevêque par la faveur du roi, a mené au cœur de la cathédrale une véritable politique destinée à magnifier son image, à travers des commandes architecturales ambitieuses.

 

Thomas MOREL (à gauche) et¨Philippe PLAGNIEUX

 

Claire PERNUIT

Doctorante, Université de Bourgogne (UMR 6298-ARTeHis) et Université de Paris X-Nanterre

(CHISCO)

 

La vitrerie de la cathédrale de Sens en 1550, à partir d'un rapport inédit de deux maîtres verriers

 

La cathédrale sénonaise possède encore un grand nombre de vitraux médiévaux. Parmi ceux-ci, deux ensembles cohérents peuvent être identifiés : les verrières historiées du XIIIe siècle (collatéral nord du chœur, chapelle Saint-Savinien, axe du haut-chœur) et les vitraux du XVIe siècle des deux bras du transept. Les modifications apportées à l'édifice métropolitain originel - tel que le « premier maître » l'avait conçu au XIIe siècle - ont cependant fait disparaître une grande partie de la vitrerie médiévale. Un rapport inédit de deux maîtres verriers, conservé aux Archives Départementales de l'Yonne (Auxerre), permet pourtant d'identifier, voire de localiser certains éléments de ce décor, dans la perspective d'une reconstitution du projet iconographique vitré de la cathédrale en place en 1550.

 

 

Françoise PERROT

Directeur de recherche honoraire au CNRS

 

L'Arbre de Jessé dans le bras sud du transept à la cathédrale de Sens

 

La construction d'un nouveau transept a entraîné le renouvellement des vitraux. Pour le bras sud, le marché passé entre les représentants du chapitre de la cathédrale et trois peintres verriers troyens en 1500 apportent de nombreux renseignements, mais ne précisent pas les sujets. L'accord passé stipule que les verriers devront « faire faire les patrons pour parfaire lesdits. ouvraiges. que lesdits doyen et chappitre leur vouldront deviser. » L'analyse présentée ici a pour but de montrer ce que le traitement de la verrière doit à la « nationalité » des verriers.

 

 

 

Mathieu LOURS

Professeur, Université de Cergy

 

La « seconde vie » de la cathédrale de Sens à travers les projets et les réaménagements du XVIIIe siècle

 

 

16 h - Visite des Vitraux

 

17 h - Fin du colloque