Samedi 11 octobre

 

Bruno BOERNER

Professeur, Université Rennes-II-Haute Bretagne

 

L'iconographie des portails de la façade ouest et la thématique stéphanoise pour le portail central.

 

La façade de la cathédrale de Sens présente un programme sculpté riche et complexe. Ses trois portails sont consacrés à trois saints principaux de la cathédrale. Le portail nord est dédié à saint Jean-Baptiste, le portail sud à la Vierge Marie et le portail central à saint Etienne. Les tympans de deux derniers ont été modifiés après la construction de la façade. En posant la question d'un programme cohérent, cette communication se propose d'explorer les spécificités et la fonction communicative de ces cycles sculptés.

 

Bruno BOERNER (à gauche) et Vincent TABBAGH

 

 

Jacques WERSINGER

Docteur en théologie

 

De saint Étienne à Saint-Étienne : résonnances théologiques, politiques et pastorales eu patronage du protomartyr au XIIe siècle

 

Au Ve siècle, les édifices grands ou petits placés sous le patronage de saint Étienne fleurissent : le nom du premier martyr de la chrétienté évoquait l'idéal chrétien des temps apostoliques tandis que ses reliques répondaient au besoin de merveilleux. Mais qu'en était-il au XIIe siècle ? Comment résonnait le nom d'Étienne aux oreilles de ceux qui virent s'élever l'actuelle cathédrale de Sens ? Entre l'image du serviteur royal et celle de la victime des juifs, la figure du patron de Saint-Étienne était sujette à interprétations variées.

 

Jacques WERSINGER (à gauche) et Vincent TABBAGH

 

Peter KURMANN

Professeur émérite, Université de Fribourg (Suisse)

 

La cathédrale transformée. À propos des modifications apportées à la métropolitaine sénonaise aux XIIIe et XIVe siècles

 

Comme d'autres cathédrales construites à l'époque du premier art gothique, la métropolitaine sénonaise fut transformée aux XIIIe et XIVe siècles afin d'être adaptée à l'idéal du style rayonnant issu des milieux artistiques parisiens. On commença ces travaux de modernisation aux deux extrémités de l'édifice; à l'ouest on introduisit un nouveau tympan au portail central de la façade, consacré à la légende de saint Étienne, à l'est on construisit une nouvelle chapelle d'axe dédiée à saint Savinien. Ensuite, on envisagea de construire un grand transept, mais, à peine commencés, ces travaux furent interrompus par l'écroulement de la tour occidentale sud. Désormais, il fallait concentrer tous les efforts sur la reconstruction de cette tour et des parties adjacentes de la nef, détruites ou fortement endommagées lors de cette catastrophe. Après l'achèvement de la reconstruction des parties concernées s'ensuivit l'insertion de chapelles latérales du côté nord et sud de la nef ainsi que l'agrandissement des fenêtres hautes de la nef et du chœur, entraînant l'exhaussement des voûtains correspondants. Ces travaux considérables furent exécutés en trois étapes. Toutes ces mesures ont donné une nouvelle « image » à la cathédrale de Sens, digne de son statut de métropole. Afin d'évaluer leur importance et de fixer leur place dans l'histoire de l'architecture gothique, il faut d'abord discuter leurs dates.

 

Peter KURMANN (à gauche) et Vincent TABBAGH

 

Alain VILLES

Conservateur en chef, Musée des Antiquités Nationales (Saint-Germain-en-Laye)

 

Le gothique rayonnant de la cathédrale de Sens

 

Le style rayonnant s'exprime dans la cathédrale en trois séquences successives. Le premier épisode précède l'écroulement de la tour sud en 1268. Il correspond au tympan du portail central, consacré à saint Etienne et conçu comme « vitrail en sculpture ».

Dans un second épisode, et sans doute à l'initiative du chapitre, on reconstruisit la chapelle absidale et l'on remania des parties hautes du chœur : suppression de la galerie naine extérieure et remplacement des baies géminées du XIIe siècle par des baies bipartites à tympan tréflé. Ces travaux ont certainement succédé à l'urgence : reconstruction du plus gros de la façade ouest et de son revers central, qui durent s'achever vers 1280.

Le troisième épisode de transformation de la cathédrale débute avec la contribution financière de l'archevêque Etienne Bécard de Penoul (1292-1309), grâce à qui on bâtit les chapelles de la nef, le portail Saint-Denis (côté nord) et les nouvelles fenêtres hautes de la nef, celles-ci selon le même principe que dans le chœur, mais sur un dessin plus évolué.

Avec le « rhabillage » de la cathédrale sur un programme qui ressemble fort à celui de Notre-Dame de Paris, Sens est, dans la période 1250-1350, un foyer créatif, qui apporte sa part d'innovation, dans le réseau des chantiers du domaine royal, et non pas le simple reflet d'un rayonnement parisien.

 

Alain VILLES (à gauche) et Vincent TABBAGH

 

Vincent TABBAGH

Professeur émérite, Université de Bourgogne

 

Les évolutions internes du chapitre cathédral de Sens au XIIe siècle

 

Le chapitre cathédral de Sens connait au XIIe siècle des évolutions sensibles, comparables souvent à celles d'autres chapitres cathédraux de la France du Nord, mais qui présentent aussi des originalités. En se séparant de ses membres attachés à la vie commune et à un comportement soumis à une règle, installés en 1111 dans l'église suburbaine de Saint-Jean, en partageant ses revenus en prébendes, il affirme clairement son caractère séculier et la liberté individuelle de ceux qui le composent, déplaçant vers le culte liturgique rendu à Dieu la signification spirituelle de la communauté. Il passe vers 1170 plus directement sous l'autorité de l'archevêque en perdant le choix de ses membres. Mais il se maintient comme héritier de l'antique presbyterium de l'Ecclesia senonensis par les liens hiérarchiques qu'il entretient avec d'autres communautés cléricales au dedans comme au dehors de la cathédrale.

 

Vincent TABBAGH (à gauche) et Dany SANDRON

 

Jean-Vincent JOURD'HEUIL

Docteur en histoire médiévale

 

Les sépultures des archevêques dans la cathédrale de Sens du XIe siècle à la Renaissance

 

La cité de Sens est un conservatoire particulièrement rare et jusqu'au bas Moyen Âge de l'interdiction des corps à l'intérieur de ses murs. Le premier corps inhumé intra muros est celui d'un archevêque mort sous la peine d'un interdit, Richer, en 1096. La tombe est creusée dans un oratoire à l'ombre de la cathédrale. Le premier cadavre à franchir les murs de Saint-Étienne est aussi celui d'un archevêque, en 1193. Ce moment marque une rupture majeure dans l'histoire de la cité puisque le lieu majoritaire d'inhumation épiscopale à Saint-Pierre-le-Vif est abandonné. 

Dès lors, une majorité de pontifes rejoint le chœur et le sanctuaire de l'église-majeure, mais

jusqu'en 1400. La présence de tombes hors de la cathédrale avant et après 1400 rappelle que celle-ci n'est jamais un horizon indépassable pour une sépulture épiscopale. Il faut d'abord utiliser les sources de première main qui seules doivent documenter la localisation des tombes, les plans et les mentions modernes devant être considérés avec précaution. Il importe par ailleurs de situer les tombes des chanoines et d'éventuels laïcs qui auraient été autorisés par le chapitre à reposer dans la cathédrale, et de vérifier l'existence d'une hiérarchisation spatiale.

 

Jean-Vincent JOURD'HEUIL (à gauche) et Dany SANDRON

 

 

Guy LOBRICHON

Professeur émérite, Université d'Avignon

 

Liturgies sénonaises : mises en scène et spectacles du pouvoir métropolitain dans la cathédrale de Sens, IXe-XIIIe siècles

 

En 1164, le sanctuaire de la mater ecclesia senonensis - c'est ainsi que l'on appelait l'église métropolitaine - est consacré. Le prélat officiant n'est autre que le pape de Rome, Alexandre III, un juriste réputé, entouré d'une suite de cardinaux romains et d'évêques du royaume, d'autant plus nombreux que ledit pape Alexandre III tient alors sa cour à Sens, du 30 septembre 1163 au 7 avril 1165.

Bon gré mal gré, le pape, une partie de sa curie, l'archevêque et les chanoines du chapitre cathédral de Sens se sont ainsi partagés l'animation liturgique durant une période d'un an et demi, assez longue peut-être pour marquer le paysage urbain, voire pour laisser une empreinte décisive sur les rituels en cours dans une grande cité.

Partant des rites de la dédicace en 1164, tels qu'on peut les reconstruire, je propose d'évoquer les fêtes les plus essentielles qui impliquent la présence du prélat dans une église dont le chapitre est le seigneur effectif et perpétuel, mais dont l'archevêque est comme le suzerain temporaire, quoique participant d'une succession censée remonter aux délégués de l'apôtre Pierre. L'archevêque est alors le commanditaire et l'acteur principal de cérémonies à finalité symbolique. Il anime le lieu sacré par sa présence et son activité. Il manifeste aussi une domination politique, perceptible à tous par ses attributs et par son faste. Les mises en scène et les spectacles du pouvoir archiépiscopal, activement développées à Sens depuis la fin du Xe siècle, n'auraient-elles pas alors tiré quelque parti de l'exemple donné par les Romains, inventeurs d'une ingénierie politique qui, bientôt, inspirera toutes les monarchies occidentales ?

 

Guy LOBRICHON (àgauche) et Dany SANDRON

 

Lydwine SAULNIER-PERNUIT

Conservateur du patrimoine

 

Des ornements liturgiques et de leur entretien au trésor de Sens (XVe-XVIIe siècles)

 

Le trésor de la cathédrale de Sens est reconnu aujourd'hui comme une des toutes premières références dans le domaine textile : tapisseries pour la décoration de l'édifice, soieries entières ou fragmentaires qui servaient d'enveloppe aux reliques, vêtements liturgiques dont les plus connus restent ceux de Thomas Becket, archevêque de Canterbury, devenus reliques après sa canonisation.

Mais les inventaires manuscrits conservés depuis la fin du XVe siècle laissent deviner une richesse bien plus importante. En étudiant ces longues listes, pourtant sommaires, apparaissent de précieux détails sur ce quotidien liturgique dans la cathédrale : la provenance des vêtements et le nom des donateurs pour les plus remarquables ; leur utilisation lors des différentes fêtes religieuses ; la rareté et la variété des textiles ; et parfois les décors brodés et historiés qui ornaient les orfrois et les chaperons.

Il faut entretenir ces ornements qui servent régulièrement et qui par conséquent s'usent, nécessitant des réparations. Les comptes et quelques rapports permettent de suivre ce travail nécessaire, où l'économie semble de rigueur.

 

Lidwine SAUNIER-PERNUIT et Dany SANDRON